Lundi , 20 août 2018
L'Édito

TRANSUA : Qui sont ces militaires qui sèment la terreur ?

Image d'illustration

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D’où viennent ces centaines de soldats qui écument les routes et briment les populations du département de Transua ? La hiérarchie militaire, à Abidjan, est-elle informée de la situation ? Seule certitude, ces hommes en armes sont indésirables dans la zone. En raison des exactions qu’ils commettent.

Racket, brimades et représailles

Des centaines d’éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) ont érigé des check-points sur toutes les routes menant aux villages du département. Ces militaires accomplissent toutes sortes de tâches en s’improvisant gendarmes, policiers, agents des Eaux et forêts. Pourquoi ? « Nous n’avons rien à manger car nous ne sommes pas payés », répondent-ils. Conséquence : rackets et brimades sur les routes et pistes. Personne n’y échappe. De retour de son champ, une femme transportant 3 régimes de bananes s’est vu contraindre par des militaires à leur remettre 2 régimes. Lorsqu’il s’agit d’un gibier, c’est une amende qui peut monter à 200 mille francs CFA. Somme dont le pauvre paysan doit s’acquitter, sous peine d’emprisonnement. Quant à la viande, elle est partagée entre les tenants du check-point.

Les mises en fourrière fantaisistes des engins à 2 roue sont monnaie courante. L’argent exigé pour récupérer la moto, bien souvent au-dessus des moyens du propriétaire. Mais aucun recourir possible. Les vrais gendarmes ne veulent pas avoir affaire avec ces soldats dont ils ignorent la provenance et la mission dans la zone.

Un cadre humilié par ces militaires

En route pour Transua, un cadre arrive à un barrage tenu par des soldats qui ont obstrué la voie avec un tronc d’arbre. Il espérait que les corps habillés viendraient à lui pour procéder aux contrôles d’usage et ensuite ouvrir la voie. Mais 20 minutes d’attente et rien. Aucun des agents assis sous un arbre ne fait mouvement vers lui. Plusieurs coups de klaxon et toujours rien. Las d’attendre, le cadre descend de son véhicule et libère la route. Les militaires se sont jetés sur lui et l’ont roué de coups. Les clés de son véhicule et ses téléphones portables, confisqués. Comme une traînée de poudre, l’information sur le calvaire du voyageur a traversé les hameaux de Transua. Des autorités de la ville ont été saisies. Elles ont essayé de raisonner les éléments. En vain. Le cadre a pu regagner son domicile vers 1 heure du matin, à l’issue de l’intervention du député de la circonscription.

L’exil forcé à cause de 20 kg de cacao

À Atokom (village frontalier), entre octobre et novembre 2015. Un paysan qui revenait de son champ avec sur la tête une charge de 20 kg de cacao, est arrêté à un corridor. Il lui est sommé de « dédouané » son produit. Refusant de se soumettre à ce racket, le sac de cacao est confisqué. Rentré bredouille au village, le paysan raconte sa mésaventure au chef. Ce dernier se rend au camp des soldats afin de récupérer le cacao. Refus catégorique de restituer les fèves si l’amende fixée n’est pas payée. « Trop c’est trop » : excédés par les comportements des militaires, des jeunes du village ont saccagé le camp.

À la nuit tombée, des soldats venus de Bondoukou en cargos ont assiégé Atokom. Plusieurs villageois sont tirés de leur sommeil et passés à tabac. Au moment où le sous-préfet et d’autres autorités arrivaient dans le village, le lendemain, il ne restait que 20 habitants sur les 2000. Tous ayant traversé la frontière pour trouver refuge au Ghana. Suivront d’intenses négociations avant que les populations regagnent leurs maisons. Mais les 20 kg de cacao n’ont jamais été restitués au propriétaire. Le racket et les brimades se poursuivent.

 Kouassia-Niaguini, un village dans la ligne de mire

Courant janvier 2016. Des exploitants forestiers abattent un fromager dans le champ d’un paysan, à Kouassia-Niaguini. Pour des raisons inconnues, l’arbre est abandonné. Le paysan approche des agents des Eaux et Forêts et demande autorisation de découper le fromager afin de libérer les plantes entraînées dans sa chute. Accord donné. Mais à peine la tronçonneuse en marche, débarquent des éléments des forces républicaines attirés par le bruit de l’engin. L’agent des Eaux et forêts leur explique que l’opération a été autorisée par ses patrons. N’empêche ! Les militaires « affamés » exigent du paysan le versement d’une amende. Face à son refus, la tronçonneuse est arrachée. Leur collègue Eaux et forêts, le scieur et le paysan sont ensuite molestés.

Très en colère, les habitants de Kouassia-Niaguini organisent une descente punitive sur le cantonnement des militaires. Ils détruisent tout. Les éléments prennent la fuite. Mais pas pour toujours. Ils préparent la riposte.

Dans la nuit du 24 au 25 janvier 2016, 12 Pick-up remplis d’hommes armés quittent Bondoukou en direction de Kouassia-Niaguini. Mais leur mouvement est signalé à des cadres. Ces derniers appellent au secours l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). La progression des revanchards sera stoppée. Pour combien de temps ? Selon des sources, les soldats des FRCI ruminent leur colère. Ils promettent revenir à Kouassia-Niaguini pour laver ce qu’ils considèrent comme un affront. Avec la traite de l’anacarde, à craindre que des paysans soient dépouillés de leur argent, fruit d’une année de labeur, par ces militaires « qui cherchent à manger ».

ABOU KAMAGATÉ

Source : L’Eléphant déchainé n°426

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Un commentaire

  1. Bravo, les journalistes pour votre bon travail. C’est dommage que ces militaires se comportent comme ils sont dans la jungle ou il n’y a pas de lois.
    A propos, le nom du village veut dire: l’ imbécile n’a pas d’ intelligence ou sagesse.

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