Mardi , 24 octobre 2017
L'Édito

Route de l’Est : Une des meilleures, mais la plus dangereuse de Côte d’Ivoire ?

Véhicule accidenté d'un gendarme à Abengourou, le 25 août 2017

Le véhicule accidenté d’un gendarme à Abengourou, le 25 août 2017

C’était un des axes routiers fortement dégradés du pays. Les travaux de réfection du tronçon Abengourou-Agnibilékrou sur la Nationale A1 ont été lancés le 15 décembre 2013 par Kablan Duncan, alors Premier ministre. Trois ans après (samedi 3 décembre 2016), le président Alassane Ouattara procédait à son inauguration. Depuis que cette voie a connu une cure de jouvence, elle est le théâtre d’accidents meurtriers successifs. Surtout, avec le retour des autocars de transport de 70 places.

Matinée du dimanche 26 février 2017. Partant à Bondoukou avec ses passagers, après avoir quitté sa gare logée dans le quartier populaire de Koumassi (Abidjan), un des 6 nouveaux bus de la compagnie Gontougo transport et tourisme (GTT) fait une sortie de route à 25 km de la ville d’Abengourou. Neuf passagers sont tués sur le coup. Bilan qui s’est alourdi par la suite. Les blessés se comptent par dizaines. La société GTT n’était âgée que de 5 mois. Elle a lancé ses activités en septembre 2016.

Accident du car GTT à 25 km d'Abengourou, le dimanche 26 février 2017

Accident du car GTT à 25 km d’Abengourou, le dimanche 26 février 2017

Vendredi 16 juin 2017, entre Nianda et Assikasso. La pluie a mouillé la chaussée. Un des chauffeurs de la société CTE (Compagnie de transport express) qui faisait route en direction de Bondoukou perd le contrôle. Son autocar se renverse. Des morts et de nombreux blessés parmi les passagers. Moins de 2 mois après, un autre accident meurtrier se produit. Le 25 août, à 3 km du corridor Nord d’Abengourou, un gendarme qui allait dans son village à bord de son véhicule personnel percute un camion. Il meurt avec son cousin.

Un car de la société CTE couché sur le côté en pleine brousse, le 16 juin 2017

Un car de la société CTE couché sur le côté en pleine brousse, le 16 juin 2017

Vendredi 8 septembre. Le matin, un car de la compagnie SABE a quitté Bouna, traverse la région de Gontougo et entre dans l’Indénié-Djuablin. Dans la localité d’Appromponou, le voyage sur Abidjan termine dans la brousse. Dans sa sortie de route, le car de 70 places fauche une femme et sa fille qui revenaient du champ. Elles sont tuées. Quatre jours plus tard (mardi 12 septembre), un des autocars de GTT en partance d’Abidjan pour Bondoukou renverse ses occupants à Moapé (près d’Adzopé), occasionnant plusieurs blessés. Parmi lesquels des pèlerins rentrant de la Mecque. Un autre bus de la même compagnie tombe à Nianda (dans le département d’Agnibilékrou), alors qu’il venait de Bondoukou porter secours à l’accidenté. L’entreprise aura perdu 3 de ses 6 nouveaux autobus, en seulement une année d’existence. Quelle grosse perte !

Un autocar de la compagnie SABE a fini sa course dans la broussaille à Appromponou

Un autocar de la compagnie SABE a fini sa course dans la broussaille à Appromponou, le 8 septembre

Une série d’accidents qui inquiète. Pourquoi ces tragédies impliquent majoritairement des entreprises de transport du Nord-Est (régions de Bounkani et Gontougo) ? L’inexpérience de ces chauffeurs pour conduire des autocars de 70 places est pointée du doigt. On reproche aux compagnies de les avoir recrutés alors qu’ils n’ont conduit, pour la plupart, que des voitures plus légères. Notamment, des véhicules de transport de 18 places. Ils seraient donc moins outillés pour piloter des cars de 70 places. Accusation non fondée, selon Auguste Banassi, propriétaire de la société GTT. Contacté après le premier accident qui frappé sa compagnie, le patron a affirmé que ses chauffeurs sont expérimentés, car tous anciens conducteurs de gros camions de marchandises. « Certains totalisaient plusieurs années d’expérience avec les poids lourds. Après leur recrutement, ils ont encore reçu une formation dans la conduite de nos nouveaux cars », assure-t-il.

Un des 2 bus accidentés de GTT à Nianda, le mardi 12 septembre 2017

Un des 2 bus accidentés de GTT à Nianda, le mardi 12 septembre 2017

La survenance d’un accident de la circulation, toujours liée à 2 facteurs : humain et mécanique. La part humaine semble la cause de cette suite de tragédies qui a touché ces entreprises de transport du Zanzan, moins de 8 mois après la fin des travaux de rénovation de la route. Ceux qui ont vu rouler les autocars, quelques minutes avant d’être accidentés, parlent de « vitesse excessive ». Quel est l’environnement de travail de ces chauffeurs ? Pour une question de profit, seraient-ils mis sous pression par leurs patrons ? La fatigue qui pourrait résulter de cette pression les met-il dans un état de somnolence au volant ? Autant d’hypothèses et de causes possibles. Qui n’effleurent jamais l’esprit de ceux qui évoquent la sorcellerie (concurrence mystique entre transporteurs, maraboutage, envoûtement, mauvais sort…) pour expliquer ces drames.

Quand l’axe était dans un piteux état, nids-de-poule et crevasses contraignaient à plus de prudence. Les automobilistes, obligés de ralentir. Aujourd’hui, la vitesse se mêle à l’insouciance.

Comme solution immédiate à ces accidents répétitifs, les limitateurs de vitesse. Les compagnies de transport doivent en installer sur leurs cars. Surtout, initier des séances régulières de formation à l’intention de leurs chauffeurs. En cela, le concours de psychologues peut mieux aider. Il y va de la sécurité et de la vie de tous. Aussi bien ceux qui tiennent le volant que les milliers de voyageurs qu’ils transportent.

OSSÈNE OUATTARA

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2 commentaires

  1. Bonsoir. Il est temps de se pencher sur le problème des transports en commun et des transports en général. Je suis un habitué de cette route de l’est et de bien d’autre. soit en temps que chauffeur et aussi en temps que passager. J’avoue avoir toujours une appréhension lorsque je dois faire ce trajet Bouna Abidjan et vice versa.Le jour ou le car Sabé a fait une sortie de route a Appronprenou je retournais à Bouna avec un véhicule dit MASSA dénommé « LA LOI » . Le chauffeur ne cessait pas de répondre au téléphone et pire de composer des numéros alors que sa vitesse était excessive. ce comportement n’est pas un acte isolé il est l’apanage de tous les chauffeurs . Non respect des heures de départ. Il s’ensuit une vitesse excessive pour rattraper le temps perdu même dans les villages ou les habitants ont installé des ralentisseurs le gym kana est le sport favori des chauffeurs. Nous pourrions nous intéresser a l’état des véhicules. Ce même jour avec ce MASSA nous avons quitté Abidjan Treichville à 7 H du matin. Arrivée à Bouna 2 H 30 le samedi matin. Il y a tellement à dire sur ces transports que je fatiguerai les lecteurs.

    • Le second et le troisième accident de GTT ne doivent pas surprendre. En effet, la direction de cette compagnie a eu du mépris pour les premières victimes. Raison pour laquelle elle ne se s’est pas mise en cause elle-même dans sa recherche des raisons du premier accident. La direction a payé les conséquences. Et Dieu seul sait le traumatisme qu’ils imposent à la population du Gontougo. GTT est un cercueil volant. La direction a du mépris pour les passagers. Tous les parents des victimes le confirmeront.
      La solution est de ne plus emprunter cette compagnie. Avant de l’emprunter, fait ton testament car tu empruntes le « vol » de non retour. Oui, je passe encore des nuits en pleurs depuis la perte atroce de mon frère aîné et le mépris de la direction à l’égard des victimes de leur premier accident. Ceux qui ont eu la vie sauve traînent encore avec des traumatismes psychologiques et physiques. Et Dieu seul sait, s’ils trouveront un jour la guérison.
      Comment pouvez-vous comprendre qu’une direction se disant constituer de « professionnels » néglige la simple mise en place d’une cellule de crise pour guider et assister les parents des victimes le jour même du drame. C’est le simple acte qui démontre leur mépris. Leur priorité en cas de sinistre est de réunir les moyens pour aller remorquer leur car et le remettre en circulation et faire d’autres victimes. Mes frères et sœurs du Zanzan, si vous voulez vivre longtemps et attendre le vrai jour de votre mort, abstenez-vous d’emprunter cette compagnie GTT !

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