Mardi , 24 octobre 2017
L'Édito

RÉGION DE GONTOUGO : Effervescences culturelles chez les Koulango et les Abron

Le rois des Bron (gauche). Le roi des koulango (droite)

Le rois des Bron (gauche). Le roi des koulango (droite)

L’industrie touristique et culturelle, en plein réveil dans la région de Gontougo. Notamment, dans le département de Bondoukou. Après l’explosion du nombre des artistes chantant en langue koulango, les initiatives remarquables de certains cadres bénéficient du soutien des autorités coutumières au plus haut niveau. Que l’on soit dans l’environnement koulango ou abron (bron ou brong).

Dagbolo Saye 1er (roi du peuple koulango de Bondoukou) et Adingra Kouassi Adjemane (roi des Abron) sont engagés pour l’immersion de leurs peuples respectifs dans une dynamique de retour aux sources. L’objectif étant, d’une part, le renforcement de la cohésion sociale entre membres d’une même communauté. D’autre part, entre peuples abron et koulango. L’enjeu transcende les frontières ivoiriennes.

Les Abron

Prenons d’abord le cas des Abron. Attaché à sa terre d’origine, le Ghana actuel, ce peuple n’a aucun complexe à revendiquer son identité ni ses liens de parenté avec les Abron du pays voisin. En retour, les Abron du Ghana le leur rendent bien. Reconnaissant leur appartenance à l’autorité traditionnelle du royaume Brong Gyaman (royaume Abron) dont le roi réside en Côte d’Ivoire.

Les Koulango

Abordons le cas des Koulango. Le 21 avril 2017, prenant prétexte du jumelage de Pétèye et Brogodon dans la Sous-Préfecture de Laoudiba, siège du Royaume Koulango de Bondoukou, ils ont battu le rappel de nombreux chefs de villages et de cadres. À cette fête, le souverain Dagbolo Saye 1er a fait sa première apparition publique, depuis son retour du Ghana où il a côtoyé et fraterniser pendant 4 ans avec ses collègues rois ashanti (lire Ah-San-Ti).

Pour rappel, contraint à l’exil en 2011 lors de la crise postélectorale, ce séjour forcé chez les Ashanti a été mis à profit pour faire de grandes découvertes sur les liens de filiation entre Koulango et Asanti. Découvertes consignées dans le livre intitulé La fabuleuse épopée koulango. On y apprend que le vaillant peuple ashanti est issu du peuple koulango. Précisément de l’ancienne cité historique de Saye (Bouna) ayant préfiguré la fondation du royaume de Bounkani.

L’un des faits majeurs constatés à cette cérémonie de jumelage, c’est la présence d’un invité venu de la République Démocratique du Congo (RDC). Et pour cause, les Koulango, à la suite de longues études ontologiques effectuées par des cadres, ont découvert leurs origines primaires dans une province de ce pays. De recherches en recherches, la preuve est aussi établie que les femmes koulango les plus conservatrices ont perpétué le culte de Kongo, une divinité païenne de la RDC. Le Kongo était un fétiche porté par les jeunes filles koulango lors d’une fête annelle appelée Gbraléou. Une sorte de concours culinaire traditionnel où les jeunes garçons étaient à la fois les sponsors et les membres du jury. Un amoureux pouvait sponsoriser une candidate en lui fournissant discrètement de la viande ou des ignames, en plus de l’apport des parents de la fille.

Le concours de cuisine était un prétexte pour amener les jeunes filles, futures épouses, à apprendre à bien tenir leur foyer. Et pour cette fête, chaque fille obtenait la permission de sa mère pour se consacrer, une fois par trimestre, aux préparatifs consistant en la construction d’une cuisine en miniature, et à son entretien périodique.

Phénomène des filles servantes

Élevée et formatée dans un tel environnement, il faut y voir une des explications de la tendance de la fille koulango à aimer le travail de personnel de maison. Un boulot synonyme de faire la cuisine. La recherche de solutions pour l’amélioration des conditions de vie d’une communauté n’est donc pas détachable de l’étude des pesanteurs socioculturelles ambiantes.

L’une des solutions à la réputation du Zanzan (Bounkani et Gontougo) comme région pourvoyeuse de filles de ménage en Côte d’Ivoire serait la reconversion de cette mentalité chez les filles. On peut leur inculquer une mentalité de restauratrices, après des modules de formation adaptées aux métiers de l’hôtellerie et de la gastronomie. C’est une piste que nous suggérons vivement aux Conseils régionaux de Bounkani et Gontougo.

L’Adayè Kessiè

La manifestation culturelle qui mobilise les énergies en cette fin d’année est l’édition 2017 l’Adayè Kessiè, fête des Abron, à Tabagne. Annoncée en marge du dernier Salon international du tourisme d’Abidjan (SITA) où le royaume brong était invité d’honneur, la cérémonie de lancement de l’Adayè Kessiè a eu lieu le 31 août dernier à Abidjan. Les organisateurs n’avaient pas manqué de conférer une envergure internationale à l’événement. L’ambassadeur du Ghana en Côte d’Ivoire figurait au premier rang des invités d’honneur.

Pour les usages protocolaires, le chef de la province Pinango (ministre de la Défense du royaume Abron) a été dépêché au Ghana par le roi Kouassi Adjemane auprès des dignitaires du royaume brong Ahafo (les Brong sédentaires) par opposition aux Brong Gyaman qui avaient migré en Côte d’Ivoire.

Cette effervescence du retour massif des Koulango et des Abron aux sources n’est-elle pas l’expression d’un réveil face à la politique d’émiettement et de cloisonnement du continent et de ses peuples ? Il reste à souhaiter aux Abron et aux Koulango bon vent dans la contemplation de leurs cultures respectives. Dans le respect mutuel, comme ces 2 peuples ont toujours vécu.

DAPA DONACIEN. Email : dapadonacien@yahoo.fr

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