Dimanche , 16 décembre 2018
L'Édito

Ras-le-bol d’un jeune à Yoboua Cévérin, maire d’Assuéfry : « Votre parole ne vaut plus rien »

Kouabenan Yoboua Cévérin, député-maire d'Assuéfry

Kouabenan Yoboua Cévérin, député-maire d’Assuéfry

LETTRE OUVERTE

Monsieur le Maire, depuis votre avènement à la mairie d’Assuéfry, notre terre-mère, c’est la première fois que je vous écris. Je vous prie de m’excuser pour le cadre choisi pour m’adresser à vous ; car avoir une audience avec vous relève du parcours du combattant. Et vu que je ne suis pas en ce moment au village, j’ai choisi ce canal pour vous faire passer mon message avec le cœur.

Espoirs déçus 

Monsieur le Maire, j’étais de ceux qui ont applaudi votre élection à la tête de la mairie d’Assuéfry. Je voyais en vous une lueur d’espoir, vu votre jeunesse et la fougue qui vous animait. Au terme de votre premier mandat, et au moment vous vous apprêtez à entamer le deuxième, permettez-moi de dire que je ne suis personnellement pas satisfait de votre bilan. Ce que j’ai vu est en deçà de mes espérances. Cependant, je ne nie pas que vous avez réalisé beaucoup de projets qui resteront longtemps dans la mémoire des parents de la sous-préfecture d’Assuéfry, du département de Transua et même de la région de Gontougo.

Monsieur le Maire, le véritable problème est que depuis les campagnes des Municipales 2013 jusqu’à votre prise de fonction, vous n’aviez pas montré un programme clair sur lequel reposerait votre quinquennat. Nous avons navigué à vue jusqu’à ce jour et vous avez accumulé trop d’erreurs.

Monsieur le Maire, la liste des candidats aux élections municipales 2018 publiée par la Commission électorale indépendante montre que vous êtes seul en lice pour briguer un deuxième mandat. Vu que la messe est déjà dite et que vous avez déjà gagné, je vous fais ces quelques propositions pour faire un bon mandat et, surtout, pour soigner votre image qui est beaucoup défigurée ces temps-ci.

Maux dont souffre Assuéfry 

Mes critiques à votre encontre concernent votre programme sur les jeunes, les cadres et le village. Mes observations sont les suivantes :
Monsieur le Maire, vous n’avez pas réussi à fédérer les forces vives d’Assuéfry autour de vous : je veux parler des cadres et des jeunes. Assuéfry regorge de cadres (et non des moindres) et de nombreux jeunes. Si les cadres, eux, n’ont pas réussi jusque-là à mettre sur pied une mutuelle digne d’Assuéfry, les jeunes, eux, ont réussi ce pari avec au moins quatre associations bien connues. De ma mémoire de leader de jeunes et de mes rencontres avec mes pairs Présidents d’associations de jeunesse du village, jamais vous n’avez cherché à nous rencontrer ou à nous visiter pour voir comment nous travaillons. Même mon jeune frère Daté Patrice, l’un de vos fidèles et loyaux serviteurs, n’a pas eu cette chance. Je me demande même si vous connaissez les noms des associations qu’il a dirigées jusqu’à ce jour.

Au niveau des cadres, c’est le même son de cloche. Vous n’approchez personne, vous vivez dans votre monde, replié sur vous-même, alors que votre collaboration avec eux aurait été bénéfique à nous tous.

Monsieur le Maire, soyez rassembleur en travaillant avec tous les jeunes et les cadres ! Vous gagnerez à mettre sur pied une plateforme des forces vives de la sous-préfecture en prenant en compte les conseils, propositions, avis des uns et des autres et vous verrez comment la sous-préfecture fonctionnera bien. Votre jeune collègue maire de la commune voisine le fait si bien et vous pourrez vous inspirer de son exemple.

Le cas Boua Étienne

Monsieur le Maire, pour ce qui concerne la gestion des jeunes au niveau du village, vous n’êtes pas sans savoir que monsieur Boua Étienne, votre homme de main, est beaucoup contesté. Sa gestion est diversement appréciée. Son autorité et sa légitimité posent problème. Mais ce que nous ne comprenons pas, c’est le fait de vouloir le maintenir coûte que coûte à la tête de cette jeunesse. Je n’ai rien contre monsieur Boua Étienne. C’est un homme que j’admire, croyez-moi ! Mais en toute franchise, le costume de Président des jeunes ne lui va plus. Il est forclos sur tous les plans : l’âge, le nombre de mandats, le bilan, etc. Monsieur le Maire, si vous aimez votre jeunesse et si vous aimez bien monsieur Boua Étienne, demandez-lui de rendre le tablier et faites valoir ses qualités et ses talents ailleurs qu’à la tête de cette jeunesse.

Généreux ailleurs, avare chez lui

Monsieur le Maire, comme je l’ai dit plus haut, vous avez réalisé des travaux qui resteront longtemps gravés dans la mémoire des parents. Mais le hic est que vous avez plus mis l’accent ailleurs que dans votre propre village Assuéfry, au point où souvent nous nous sommes posés la question de savoir si vous habitez à Assuéfry. En effet, Monsieur le Maire, ce que nous ne comprenons pas, c’est comment et pourquoi vous avez fermé les yeux sur des travaux importants au village alors que vous n’aviez pas besoin qu’on vous y interpelle d’abord pour le faire (?), vu que c’est votre rôle en tant qu’élu. Je prends pour exemples la gestion du centre de santé par le médecin. Il a fait de l’ambulance du centre de santé sa voiture personnelle. L’hôpital est dans un état de dégradation avancée. Le Centre de santé urbain d’Assuéfry est devenu un mouroir ; car rien ne fonctionne : lits, bancs et toilettes hors de service, murs crasseux, la cour envahie d’herbes, pas de matériels roulants, etc. Et tout ça se passe au nez et à la barbe du premier magistrat de la ville que vous êtes. Si monsieur Boua Étienne jouissait de tous ses droits en tant que premier responsable reconnu de tous les jeunes, il aurait pu organiser des actions d’envergure avec la jeunesse pour faire changer les choses. Mais hélas, mille fois hélas…

Il y a l’éternel problème d’eau et d’électricité. Monsieur le Maire, comment pouvez-vous vivre avec vos parents sans eau et sans électricité depuis des années alors que ces derniers paient des factures ? Dans mon Assuéfry natale, les parents vont chercher l’eau au marigot. Dans notre Assuéfry terre-mère, on ne voit pas plus d’un mètre devant soi à la nuit tombée. Mais vous ne faites rien. On est au 21ème siècle. Sans l’action des jeunes qui résident à Abidjan – ceux-là même que vous négligez – Assuéfry demeurerait dans les ténèbres.

Réconciliation supposée avec…

Monsieur le Maire, votre accointance avec le ministre Kouassi Adjoumani est aujourd’hui au centre de toutes les conversations. Selon beaucoup, dont moi-même, en vous associant au ministre Adjoumani, vous vous tirez une balle dans le pied. Nous ne sommes pas d’accord avec lui ; car depuis 2002 qu’il occupe des fonctions ministérielles, il ne fait rien pour le département de Transua. Depuis dix-sept ans, son bilan dans le département de Transua est nul. C’est cette négligence de notre département qui vous avait séparé de lui pendant un moment.

Monsieur le Maire, je juge le ministre Adjoumani par ses actions envers Assuéfry. À cause du ministre Adjoumani qui a politisé la royauté, Nanan Ababio qui est le Roi légal des Brong a perdu sa couronne au profit d’un autre, et ce, au grand dam de sa famille, de son village Assuéfry et de tout le royaume qui connaît depuis lors un bicéphalisme sans précédent. Le doyen Kouassi Tan qui serait l’un de vos conseillers en sait beaucoup puisqu’il détient des tapuscrits qui retracent l’histoire de la royauté et qui disent que le vrai Roi des Brong est bien Nanan Ababio que je salue très respectueusement.

Lors de votre réconciliation spectaculaire à Kouassi-Séranou, le ministre Adjoumani a ouvertement dit qu’il a fait obstruction à la réalisation de plusieurs projets à Assuéfry. Donc, en clair, le ministre Adjoumani est notre « sorcier ». Pendant ce moment de froid entre vous, Assuéfry a connu des moments sombres. Nos parents ont été battus par une soldatesque venue de nulle part. Trois d’entre eux ont perdu la vie à cause de vous. Les familles de Fry, Abiba Ouattara et du jeune David dont je salue les mémoires, sont toujours dans l’attente des résultats de l’enquête pour enfin faire leur deuil. Dans cette affaire, le ministre Adjoumani a tout fait pour que le gouvernement se braque contre Assuéfry et sa population quand il était venu avec son collègue, Alain Richard Donwahi. Je voudrais m’arrêter là.

Monsieur le Maire, c’est pour toutes ces raisons que nous récusons le ministre Adjoumani. Nous disons que votre marche avec lui vous perdra. Il n’a pas la carrure d’un dirigeant, il gère la région avec ses états d’âme. Dans le Gontougo, il se prend pour le centre de la terre. Tout ce qui se fait sans lui subit sa rancœur. Pour une fois encore, nous ne voulons pas de lui et de votre union avec lui.

Monsieur le Maire, n’écoutez pas vos conseillers qui, pour la plupart, vous informent ou conseillent mal. Ils sont « sur les traces de leurs ventres ». Ils prêchent plus pour eux que pour le village. Ce sont des ambitieux qui espèrent bâtir leur fortune sur la division, la délation. Ce suivisme « intestinal » qu’ils ont choisi conduit notre village tout droit dans le mur. Il faut y mettre fin immédiatement.

Monsieur le Maire, je vous écris avec le cœur avec l’espoir que vous me lirez aussi avec le cœur. L’artiste Soum Bill, dans l’un de ses tubes à succès, dit : « On a la bouche fermée mais on a beaucoup à dire ». Tout simplement, pour vous dire que, nous vos parents, souffrons beaucoup de votre gestion de la commune d’Assuéfry, notre terre-mère. Nous, jeunes, souffrons intérieurement de voir le premier jeune politicien que nous avons admiré, s’illustrer de la sorte. Pour vous, tout se résume à l’argent. Mais tout n’est pas que l’argent dans la vie. Vous avez pris nos parents en otage. Vous n’avez pas une parole. À tout le moins, votre parole ne vaut plus rien. Vous nous aviez présenté le ministre Adjoumani comme la solution et nous vous avions suivi. Peu de temps après, vous nous avez dit que c’était une erreur de coaching et que le ministre Adjoumani nous utilisait (même si nous le savions dès le début). Par respect pour vous, nous vous avions encore suivi. Aujourd’hui, vous nous dites que le problème d’hier est maintenant la solution, la panacée. Monsieur le Maire, on n’arrive plus à vous comprendre. Sur quel pied devront à présent danser ?

Monsieur le Maire, mettez-vous au-dessus de la mêlée. Le bon politicien c’est celui qui a le dos large, c’est celui qui accepte toutes les critiques et qui s’en sert pour se parfaire. Malcolm X a dit: « Si vous ne connaissez pas la critique, vous n’aurez probablement pas de succès ». Écoutez donc vos administrés ! Travaillez avec tous et chassez loin de vous les extrémistes pour éviter une humiliation ! Posez-vous en défenseur de la démocratie et vous marquerez l’histoire pour longtemps !

Assuéfry est tout pour moi. C’est pour son bien, son essor, sa liberté que je serai toujours là pour vous interpeller toutefois que besoin se fera sentir.

Santé de fer à vous, Monsieur le Maire !

APPIA HERVÉ, Jeune d’Assuéfry

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