Dimanche , 25 août 2019
L'Édito

Les avis d’associations de consommateurs sur la lutte antitabac

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En octobre 2012, le gouvernement ivoirien a interdit de fumer dans les lieux publics. Les associations de consommateurs demandent l’application effective du décret. Certaines d’entre elles estiment qu’une révision à la hausse des taxes sur les produits du tabac pourrait faire baisser le nombre de fumeurs.

Le sentiment du président de la Fédération ivoirienne des consommateurs le Réveil (FICR) est mitigé. « Lors des différentes crises qu’a connu la Côte d’Ivoire, nous avons constaté le manque de cigarettes dans le pays. Des fumeurs ont acheté le paquet de cigarettes à 3.000, voire 5.000 francs CFA. Augmenter les taxes sur les cigarettes ne découragera pas ces personnes de fumer. Mais une hausse de ces taxes reste le moindre mal », fait savoir Soumahoro Ben N’Faly.

Un autre responsable d’une structure de défense des droits de consommateurs va plus loin. Il dénonce à demi-mot le laxisme de l’État ivoirien. « Lorsqu’on parle de tabagisme, la santé des populations devrait préoccuper le gouvernement. Le nombre de fumeurs s’accroît dans le pays. On attend des actions concrètes de la part de l’État pour faire baisser ce nombre », s’alarme le président de la Fédération des associations de consommateurs actifs de Côte d’Ivoire (FACA-CI). Marius Comoé préconise : « Pour nous, l’État doit limiter l’ascension des industries du tabac en termes de vente de leurs produits sur le marché national en les taxant lourdement ». Selon lui, un relèvement des droits d’accises diminuera « le taux de consommation de cigarettes ». 

Pour Douakoua Godé de la Fédération nationale des associations de consommateurs de Côte d’Ivoire (FAC-CI), « la célébration de la Journée mondiale sans tabac devrait être l’occasion pour les pouvoirs publics de dresser le bilan de l’application du décret portant interdiction de fumer dans les espaces publics. Le tabac et ses dérivés sont fortement taxés dans des pays. En France, des fumeurs voyagent jusqu’à la frontière avec l’Espagne pour acheter des cartouches de cigarettes, parce qu’en Espagne, la cigarette coûte moins chère. Cela doit servir d’exemple. La directive communautaire de l’UEMOA de décembre 2017 va dans ce sens. Notre pays devrait aller dans le sens d’une hausse des taxes sur les produits du tabac La santé n’a pas de prix », argumente-t-il.

La Côte d’Ivoire, mauvais élève de l’UEMOA

La fiscalité sur le tabac en Côte d’Ivoire est l’une des plus généreuses dans l’espace Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Dans l’annexe fiscale de 2017 portant budget de l’État pour l’année 2018, le taux unique de 38% des droits d’accises applicables aux tabacs a été ramené à 36% par ordonnance prise un mois après l’entrée en vigueur de la loi. En 2019, ce taux est relevé de seulement 1 point (37%). Ce réaménagement reste très léger. Même si la loi des finances 2019 entretient le flou en indiquant que « le taux global des droits applicables aux tabacs est porté à 44% ». Ça reste bien en-deçà du seuil minimum recommandé. La directive de l’UEMOA portant harmonisation des législations des États membres en matière des taxes applicables aux tabacs et produits assimilés prévoit un taux minimum de 50% et un maximum de 150%. (Voir l’annexe fiscale en cliquant ICI).

Au Sénégal, le taux appliqué est 65%. Au Ghana, pays non membre de l’UEMOA, le tabac est taxé à 150%. La Côte d’Ivoire fait figure de mauvais élève à cause de « l’ingérence des lobbies du tabac », explique Fidèle Neto, président de la Conférence des médias contre le tabagisme, l’alcoolisme et la toxicomanie en Côte d’Ivoire (COMTATCI).

L’État ivoirien passe à côté d’une opportunité d’accroître ses recettes fiscales en n’appliquant pas la norme de l’UEMOA. Des ressources financières additionnelles perdues, qui pourraient servir à construire des centres de santé et prendre en charge les cas de maladies liées au tabagisme. On estime à 5.000 par an en Côte d’Ivoire le nombre de personnes qui décèdent à cause des effets de la cigarette.

BM

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