Samedi , 18 novembre 2017
L'Édito

Le maire de Bondoukou se déchaîne : « On pousse de petits vagabonds à mal parler aux gens… »

Constructions anarchiques à Bondoukou, vente de terrains, financement de projets pour jeunes,… Le maire Hiliassou Koné se déchaîne dans une interview fleuve.

Hiliassou1   

Monsieur le maire, il nous revient que dans votre commune, chacun fait ce qu’il veut. Surtout, dans le domaine du foncier où l’on déplore l’anarchie. Qu’en est-il de la zone industrielle de Bondoukou ?

Avant mon arrivée à la tête de la Municipalité, l’équipe qui était là avait souhaité affecter la zone industrielle sur la route de Soko. Juste après la scierie. Mais la ville n’avait pas de plan directeur. C’est maintenant que le ministère de la Construction et de l’urbanisme approuve tous les lotissements de Bondoukou. Dans la suite des choses, le plan directeur de la ville est en instance d’approbation par le ministre. Des urbanistes et des géomètres ont été commis pour prévoir l’emplacement de la zone industrielle. Ces experts se sont rendus compte que l’aéroport est situé à moins d’un km de la zone préalablement affectée aux industries. Le danger, c’est une possible extension du domaine aéroportuaire. Cela menacerait la zone industrielle et une partie de Soko [localité sise à 7 km de Bondoukou, NDLR]. Pour cette raison, la zone industrielle a été déplacée. Je profite pour dire qu’il y a moins d’une semaine, j’étais à Soko. J’ai demandé aux habitants de ne pas faire de lotissements en direction de l’aéroport.

La zone industrielle de Bondoukou n’est donc plus sur la route de Soko ?

Les urbanistes ont décidé qu’elle soit déplacée. Vu sa proximité avec l’aéroport. Ils avaient voulu l’envoyer sur la route de Bouna. Là-bas encore, il y a problème. Le GPS a détecté la proximité de la rivière Baya. Ce cours d’eau qui traverse toute la région et alimente des milliers de personnes risque d’être pollué. C’est dire que plusieurs paramètres sont à prévoir dans le choix d’une zone industrielle. Par exemple, on regarde la direction du vent pour éviter que les émanations provenant des usines envahissent la ville. À Bondoukou, le vent souffle de l’Est au Sud. Dans ces conditions, la route de Sorobango ne peut pas accueillir la zone industrielle. La seule partie qui reste, c’est la zone Sud.

Vous confirmez donc que la zone industrielle de Bondoukou a changé de lieu ?

Je le confirme ! Ce sont les experts en la matière qui ont décidé qu’elle soit sur la route d’Abidjan, côté gauche, en rentrant à Bondoukou. D’ailleurs, c’est comme cela dans les grandes villes. On traverse d’abord la zone industrielle avant d’entrer dans la ville. Nos populations ne voyagent pas. Elles ignorent donc comment les choses se passent. Tout près de nous, à Agnibilékrou, la scierie se trouve au Sud, venant d’Abidjan. C’est pour éviter que la poussière qui s’échappe de l’usine se propage dans la ville. Voilà l’explication scientifique !

Avez-vous procédé à des lotissements depuis votre arrivée à la mairie ?

Je n’ai procédé à aucun lotissement depuis que je suis élu. Je n’ai vendu aucune parcelle de terrain. Tous les lotissements ont été faits avant mon arrivée. Des habitants ont acquis des parcelles en bonne et due forme. Ils ont tous les documents y afférents signés par les autorités compétentes. Je ne vais quand même pas remettre en cause la signature d’un préfet. Le maire constate que le propriétaire du terrain a des papiers en règle. C’est tout ! Ceux qui construisent les magasins ont les pièces qu’il faut. Cependant, je reconnais que dans ma ville beaucoup de personnes bâtissent des maisons sans permis de construire. Faut-il alors les démolir ? Il est aisé de critiquer, mais il y a un aspect social que les gens doivent comprendre. À chaque session du Conseil municipal, je demande aux habitants de ne pas construire sans permis. Ils doivent savoir que le maire a le droit de détruire tout bâtiment construit sans autorisation.

Ne pensez-vous pas que c’est parce que la loi n’est pas appliquée dans sa rigueur que les constructions anarchiques se poursuivent ?

Les gens parlent des magasins. Mais les domiciles aussi sont concernés. Reconnaissons que ces entrepôts d’anacarde en construction ne défigurent rien, puisqu’ils sont construits juste à côté de la nouvelle zone industrielle. Ce que nous devons faire, c’est trouver un nouvel espace pour en faire le quartier résidentiel. C’est prévu dans le plan directeur. Les gens racontent des choses sans savoir de quoi ils parlent. On demande aux populations de prendre part aux sessions du Conseil afin de poser toutes les questions. Mais elles ne viennent pas. On parle des magasins comme si on me reprochait leur construction…

Avant votre arrivée, quel visage présentait la situation cadastrale de la commune ?

Avant que je ne prenne en main la commune, aucun lotissement n’était approuvé. Bondoukou n’est pas la seule ville concernée, tout le pays connaît le problème. C’est un Conseil des ministres qui a instruit le ministère de la Construction à envoyer partout des équipes pour renseigner tous les plans. Aujourd’hui, seulement 15 lotissements ont été approuvés dans la commune de Bondoukou. Ils englobent des anciens quartiers. Pour revenir aux entrepôts de noix de cajou, leur construction donne du travail à des jeunes de Bondoukou. En tout cas, à ceux qui veulent travailler. Pas à ceux qui ont choisi de bavarder. Dans la zone, il y a un seul magasin qui pose problème : celui construit à droite, à côté du corridor, juste en face du lycée Dua Kobenan. S’opposer éternellement au maire n’est pas un travail.

Quel est le problème ?

Le bâtiment est dans la ville. Aucune autorisation de construction ne m’a été présentée. Mais le propriétaire a acquis le terrain bien des années avant mon arrivée. Faut-il détruire ce bâtiment ? Le même problème se pose sur la parcelle de l’ancien député Kra Vincent, derrière la prison civile. Pourtant, c’est un préfet, représentant du chef de l’Etat, qui a signé la lettre d’attribution. Dois-je remettre en cause la signature de cette autorité préfectorale ? Non ! On veut le développement de la ville, mais les comportements montrent le contraire.

Monsieur le maire, vous vous expliquez en vous fondant sur ce que dit la loi. Comment expliquez-vous alors que des personnalités, connaissant a priori la loi, vous indexent sur la prolifération « anarchique » de magasins d’anacarde ?

J’ai honte à leur place. Quand on n’est plus aux affaires, on joue les saints. On devient subitement un ange. Je n’ai jamais usé de mon titre de maire pour organiser un convoi de marchandises sur Abidjan. Je n’ai jamais fait de transport Abidjan-Bondoukou en étant investi d’une mission publique. Avant que je sois élu maire, j’avais un car qui faisait la ligne Bondoukou-Abidjan. Mais quand je suis arrivé à la mairie, j’ai fait arrêter le véhicule pour éviter une confusion de rôles, un conflit d’intérêts. Je ne pouvais pas être juge et partie. Un élu a-t-il le droit d’organiser un convoi de quelque nature que ce soit ? Ce sont les mêmes qui me reprochent la construction d’une pharmacie en face du grand marché.

Hiliassou2Au lieu de venir vers le maire qui est un des leurs pour avoir des informations sur cette pharmacie, ils racontent n’importe quoi. La pharmacie appartient à un fils de Bondoukou. Il est de Donzosso et se nomme Ouattara Auguste Banassi. Sa pharmacie est bâtie sur le domaine public qui relève de la compétence de la mairie. Il faut que les gens connaissent les lois. Ce n’est pas moi qui ai morcelé l’hôtel Zanzan. Là, personne n’en a parlé. En face du lycée, le grand espace vierge laissé par le maire Fétigué Coulibaly a été clôturé par le ministre Yaya Ouattara. Personne n’en parle. Qu’on me montre le terrain appartenant au domaine public que j’ai vendu ! Je ne ferai jamais une telle chose.

Pourquoi  les gens vous accusent-ils alors ?

Les élections locales sont pour bientôt. Donc les gens s’agitent ! Croyez-moi, les prochaines Législatives et Municipales promettent beaucoup de déballages. Certains se croient vierges. Le moment venu, nous montreront qu’ils sont sales qu’ils ne pensent. Étant encore aux affaires, j’ai décidé de ne pas parler. Je ne porterai pas de jugement de valeur sur un ancien maire ou un ancien député. J’ai une mission de développement. À la fin de mon mandat, je présenterai mon bilan.

Selon vous, les gens racontent des mensonges dans le seul but de vous nuire ?

Des gens avaient promis des cliniques. Où sont ces cliniques ? J’ai offert un pavillon d’hospitalisation au CHR. Je n’avais pas attendu d’être maire pour le faire. Certains avaient minimisé la portée sociale de mon action. Aujourd’hui, ils voient son importance. Puisqu’ils séjournent dans le bâtiment que j’ai construit sur fonds propres. Qui a fait quoi à Bondoukou avant d’être aux affaires ? Au lieu de se mettre ensemble pour construire la commune, on pousse de petits vagabonds à mal parler aux gens. Je suis rassembleur. À dire vrai, il n’y a pas de problèmes entre les cadres. Ce sont les jeunes mange-mil autour d’eux qui opposent les élus. Quand la mairie construit 17 salles de classe en une année, aucun de ces jeunes-là ne participe au débat. C’est dire qu’ils sont à la solde de quelqu’un.

N’est-ce pas finalement un problème de communication entre vous et certains administrés ?

On peut le dire. À Bondoukou, des problèmes de communication se posent parce que beaucoup de jeunes sont à la solde de quelques cadres. Ils se sont constitués en clubs de soutien et parlent pour ne rien dire. Quelles actions concrètes ont posé dans la ville les personnes qu’ils soutiennent ? Je souhaite que la mairie soit dirigée par des jeunes responsables. Pas ceux qu’on manipule. On ne peut pas confier une commune comme Bondoukou à un jeune immature, incapable d’aller à la source des informations. Ces jeunes gens passent leur temps à critiquer les maires et les députés, sans chercher à connaître le travail de ces derniers. Savent-ils que dans les nouvelles dispositions, les mairies ne collectent plus les ordures ? Que l’assainissement des communes est dorénavant du ressort de l’ONAD [Office national de l’assainissement et du drainage, NDRL], structure dépendant du ministère de la Construction ? Le maire Fétigué Coulibaly avait été combattu. Aujourd’hui, tout le monde dit qu’il fut un grand bâtisseur. Son successeur Yaya Ouattara avait lui aussi été insulté. Après lui, Lamine Ouattara a subi la même chose. Avec le maire Kouakou Dapa, les injures ont continué. Aujourd’hui, c’est au tour de Hiliassou. Des gens ne vont même pas à Bondoukou, mais critiquent notre action. Il faut que ça s’arrête !

La réaction de ces jeunes contre vous n’est-elle pas un message que la mairie ne fait rien à leur endroit ?

Qu’est-ce qu’une mairie peut faire pour ces jeunes ? Au cours de plusieurs sessions du Conseil municipal, j’ai lancé des appels aux jeunes. Je leur ai dit d’apporter des projets pour que la mairie les finance. Personne n’est venu jusqu’à présent. Beaucoup d’organismes internationaux financent des projets. Mais aucun jeune de Bondoukou n’en est bénéficiaire. La faute leur incombe. Je le répète : aucun jeune n’a envoyé un projet. Des femmes ont reçu de la mairie des prêts sans intérêts d’un montant de 3.5 millions francs CFA. Ces crédits n’ont pas été remboursés jusqu’à présent.

Quel est votre grand défi aujourd’hui à Bondoukou ?

J’ai 2 grands défis sur le court terme : l’abattoir que je dois livrer, et la Place de la jeunesse. Sur ce dernier point, l’enceinte du musée sera aménagée et deviendra Place de la jeunesse. Avant fin 2016, je construirai 2 terrains omnisports où se pratiqueront le maracana, le basketball et le handball. Un sera bâti au centre culturel et l’autre, au quartier Zanzan où le député Atta Koblan a offert 2 lots à la mairie. Je profite de l’occasion pour lui dire merci. Le système de passation des marchés retarde les projets. Sinon, la mairie de Bondoukou dispose de fonds d’investissement depuis que je suis là.

Propos recueillis par OSSÈNE OUATTARA

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2 commentaires

  1. KOSSONOU ADOU KOUAME

    Tous ceux à qui Dieu confie la charges de la direction des hommes sont exposés au critiques. Moise, Jésus, Houphouet Boigny, Kouakou Dapah et aujourd’hui Koné Hiliassou; Fallait s’y attendre Monsieur le maire.
    Merci pour vos efforts

  2. Lhadji STB a Londres

    Salam Mr le Maire Elhadj Koné. Que ALLAH honore ton pèlerinage ! Du courage et avance ! Cela a toujours été comme cela. On t’appréciera quand tu ne seras plus là. Avance seulement ! Qui critique à l’ombre restera toujours à l’ombre. Tu as toujours été un exemple pour moi depuis l’école Sud. Je suis fier de toi. Que Dieu te protège !
    Lhadji STB a Londres.

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