Dimanche , 19 novembre 2017
L'Édito

Le fils du charismatique prince Adingra : « Un vrai chef ne se déplace pas pour faire plaisir à quelqu’un… »

Lundi 17 juillet 2017. À l’occasion de la célébration du Bentô (tambour sacré chez les Bron), Kouamé Adjoumani est revenu sur la crise qui secoue le royaume bron depuis 1992. Le fils du charismatique prince Kouamé Adingra n’a pas employé la langue de bois pour désigner le responsable de la crise, avant de retracer l’histoire de la création de la ville de Tanda, et dénoncer les chefs de villages qui bafouent leur autorité en « se laissant aller au pouvoir de l’argent ».

Kouamé Adjoumani, fils du charismatique prince Adingra

Kouamé Adjoumani, fils du charismatique prince Adingra 

Vous êtes un sachant sur le royaume bron. Avez-vous des regrets lorsque vous voyez ce qu’est devenu ce royaume, depuis le décès de Nanan Koffi Yéboua ?

Le royaume bron que nous avons connu sous l’impulsion du roi Kouadio Adjoumani et de son fils, le prince Kouamé Adingra, n’est plus le même. En plus de régner et faire rayonner l’image des Bron, ces 2 souverains avaient aidé l’administration coloniale de l’époque à tenir ses promesses. Notamment, en aidant la métropole à remporter la guerre contre ses ennemis, par la mobilisation et l’envoi de 700 hommes pour combattre aux côtés de la France contre l’Allemagne. En ces temps-là, l’autorité du roi des Bron s’étendait jusqu’au Ghana. Malheureusement, ce royaume est de nos jours bafoué jusque dans ses fondements.

Qui est à l’origine du désordre dans ce royaume jadis respecté ?

Tout est parti de Kouadio Appia [plus connu sous le nom K. Appia, NDLR]. C’était un libraire à Bondoukou.

Convoitait-il le trône royal ?

Non ! Il était Koulango, pas Bron. Encore moins membre d’une des dynasties desquelles proviennent les prétendants au trône. Kouadio Appia s’est approché de la famille royale à Amanvi grâce à sa tante qui avait été confiée au prince Kouamé Adingra. Son père s’appelle Kossonou, originaire de Dagboloyo. Il était commis du prince. Appia est né pendant l’exode de Sunyani.

Pourquoi Kouadio Appia a compromis la procédure de succession, après le décès du prince Adingra ?

C’est par jalousie qu’il a agi ainsi. Sachant en âme et conscience qu’il n’est pas de la lignée royale, il a d’abord désuni la famille du prince Adingra au moment où son frère cadet Badou décédait en France. Appia a poussé sa jalousie jusqu’à vouloir empêcher le prince Kouamé Adingra d’entrer dans l’histoire du royaume bron.

Qu’avait-il contre le prince ? 

Juste après le décès du prince Badou, Appia s’est approché des femmes de la famille pour leur expliquer que la sœur des 2 fils du roi est la cause du décès. Histoire à laquelle ont cru les enfants du défunt. Il s’est alors créé une fissure au sein de la famille. D’un côté, il y avait les enfants du disparu. De l’autre, sa sœur et quelques-uns de ses enfants, dont moi-même. Appia les a poussés à la rébellion contre leur tante.

Comment est-ce possible qu’aujourd’hui, à Tanda, des Koulango s’immiscent dans la succession et veulent se faire introniser rois des Bron ?

Tanda est un village koulango. C’est Issa Mara, un chef venu de Bouna, qui est à l’origine de sa création. Il avait 2 fils : Tanda et Boko. Suite à d’incessantes querelles, ils créent un campement à Bassékéni. Après, à l’entrée nord, Tanda fonde le sien pour se libérer de l’emprise familiale. Il le baptise de son nom. Qui signifie, littéralement en koulango, « il faut être patient ». À l’arrivée des Bron en Côte d’Ivoire en provenance du Ghana, leurs descendants koulango se sont éparpillés dans plusieurs localités de l’Est, dont Tanda et Tangamourou. Des siècles après, le prince Adingra fait la promesse de donner à Tanda quelque chose de bénéfique à ses habitants. Par ses relations, la petite bourgade est érigée en chef-lieu de sous-préfecture. Le premier sous-préfet y est affecté en 1958.

On raconte que la résidence du sous-préfet a été construite avec l’argent du prince Adingra. Est-ce vrai ?

Oui ! C’est pourquoi il l’a fait construire sur la route menant à Tangamourou, son village natal.

Les autorités préfectorales actuelles de Tanda connaissent-elles l’histoire que vous venez de livrer ? Si oui, pourquoi sont-elles distantes de vous, héritier du prince Adingra ? Le corps préfectoral n’a pas répondu à votre invitation à la fête du Bentô que vous avez organisée.

J’ai mal devant cette attitude de nos autorités. J’ai le cœur brisé quand je me souviens de tous les efforts de mon père, le prince Kouamé Adingra. J’ai invité ces autorités-là à juste venir être témoins de notre cérémonie ancestrale et non à m’apporter un quelconque soutien. Mais elles ont brillé par leur absence. Cela peut avoir des explications que je garderai de donner ici. Il est temps qu’on dépouille la vérité du drap mensonger qui l’enveloppe toujours à Tanda. Tant que la famille du prince Kouamé Adingra sera bafouée, cette ville aura des difficultés.

Des chefs de villages ont aussi décliné votre invitation. Comment l’expliquez-vous ?

Je ne les considère pas comme chefs, mais des suiveurs.

Qui suivent-ils ?

Ces chefs-là ont préféré aller à Grand-Bassam pour prendre part à une autre fête [journée de soutien et d’hommage au président Alassane Ouattara, NDLR]. Dommage qu’ils ont fait ce choix, alors qu’ils peinent à régler les problèmes de leur propre royaume. La célébration du Bentô, notre tambour sacré, est une institution de leur royaume. C’est une honte ! Un vrai chef ne se déplace pas pour faire plaisir à quelqu’un.

Ne pensez-vous pas qu’ils ont peut-être été induits en erreur par quelqu’un ?

Peut-être. Mais ils ont volontairement accepté que leur autorité soit bafouée. Ignorant qu’en se mettant dans cette posture, ils bafouent également la dignité de notre royaume. Ces chefs se laissent aller au pouvoir de l’argent. Un chef doit garder intact sa dignité.

Revenons à votre père, le prince Kouamé Adingra ! Quels étaient ses rapports avec le président Houphouët-Boigny et certains chefs d’États africains ?

Le prince Kouamé Adingra avait des rapports très étroits avec le président Houphouët-Boigny. Idem avec le patriarche Péléforo Gon Coulibaly. Les 3 étaient des chefs et, à ce titre, se vouaient respect et considération. En dehors de ces 2, mon père était très ami au roi Tota Kra de Botro. Il était aussi très lié à Philippe Grégoire Yacé, Sékou Sanogo de Séguéla et Jean-Baptiste Mockey. Je n’oublie pas Germain Coffie Gadeau, Jean Konan Banny, Auguste Denise, et M’Bahia Blé Kouadio. Ce dernier fut instituteur à Bondoukou. Mieux, les amitiés du prince s’étendaient au-delà de la Côte d’Ivoire. Il s’entendait avec Lamine Guèye du Sénégal, Zinda Kaboré et Ouezzin Coulibaly de l’ancienne Haute-Volta [Burkina Faso, NDLR], Sékou Touré de la Guinée Conakry. Kwame N’Krumah du Ghana et le prince se rencontraient régulièrement.

Avez-vous un message particulier à l’endroit des Bron ? 

Mon souhait est que les Bron prennent enfin conscience de la nécessité de rétablir leur royaume dans ses droits en le libérant du joug des rois fabriqués qui se sont autoproclamés.

ABOU KAMAGATÉ

Source : Le nouveau Courrier du 14 août 2017

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Un commentaire

  1. Vraiment que ce monsieur Kouamé Dodo arrête de nous distraire avec ces histoires là. Qu’il arrête de toujours accuser les autres. Personne ne lui accorde du crédit dans la région. Naturellement c’est facile de payer un journaliste pour se rependre dans les journaux. Qu’il vous dise plutôt comment il a dilapidé les nombreux biens du Prince Kouamé Adingra à sa mort. Il nous « soule » avec ses histoires là.

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