Samedi , 19 août 2017
L'Édito

Et si l’explicitation de la Constitution « révisée » servait de prétexte à l’éducation des adultes ?

Dapa Donacien, Consultant en passation de Marchés publics

Dapa Donacien, Juriste, Consultant en passation de Marchés publics

Dans un quartier huppé d’Abidjan, 4 jeunes gens, militants chauffés à blanc par leur parti politique respectif, se disputent et manquent de peu d’en venir aux mains. Que vas-tu voter au référendum constitutionnel ? C’est la question posée par l’un d’eux. « Le Oui », répond le premier. « Le Non », argue le 2ème. « L’Abstention, car je ne connais pas le contenu de la nouvelle Constitution et je n’ai vu ni le texte ni la couleur du livre. Comment voulez-vous que je me prononce sur un texte fantôme ? », argumente le 3ème. Quant au 4ème, il prêche « le Report ». Selon lui, les Ivoiriens s’apprêteraient à rééditer l’erreur commise en 2000, en votant ou en combattant un texte résumé à la Vice-présidence et au Sénat, sans se le faire préalablement expliquer par le comité d’Experts qui l’a élaboré. Après que ce comité se soit déchargé du boulot, à la Ponce Pilate, qui va à présent accomplir la tâche pédagogique d’explication de son contenu ? Et dans quel timing ? Et selon quel procédé ? Qui va répondre du texte devant le Parlement, le 5 octobre ? Le ministre de l’Intérieur ou son collègue en charge des Relations avec les institutions ? Mais ni l’un ni l’autre n’est auteur du projet de Constitution. Ils ne sauraient par conséquent l’expliciter dans ses moindres détails. Ne faudrait-il pas que ce soit le comité d’Experts lui-même qui soit devant les députés et durant au moins 2 semaines ? S’est interrogé, avec lucidité, le 4ème jeune.

Furieux, les deux premiers amis traitent de nigauds les autres. À votre avis, qui des 4 jeunes est le plus naïf et nigaud, quand le premier identifie le « Oui » à Alassane Ouattara et lorsque le 2ème identifie le « Non » à Laurent Gbagbo ? Belle personnalisation d’un texte censé être général et impersonnel.

D’autres n’y voient qu’une argutie visant à chiper à la régulière le fauteuil présidentiel. Ça a tout l’air de replanter le décor du « Et » et du « Ou » : une façon de faire que nous pensions avoir dépassée. « Mais… enfin…, n’est-ce pas bien entendu » (salut, Martin Bléou !) que… « la morale est au-dessus du droit ? », selon l’inusable Tia Koné, avant que ce dernier, quelques années après, se rétracte à 360 degrés, à l’image de l’autre qui se serait laissé « posséder » par Satan ?

Trop facile, cette pirouette à laquelle s’adonnent trop souvent des présidents d’institutions après avoir bâclé leur job. S’il est vrai que c’est ce que l’homme n’a pas pu dire de son vivant qui rend son cercueil lourd après sa mort, il échoit de déclarer qu’un report de quelques semaines permettrait au comité d’Experts d’éduquer, pour la première fois, les adultes de ce pays sur la portée profonde de chaque article de cette nouvelle Constitution ou Constitution révisée.

Il me semble que le tout n’est pas d’avoir une Constitution. Encore faut-il que le processus de son adoption soit l’occasion unique aux citoyens de « retourner à l’école ». C’est de cela qu’il s’agit, ni plus ni moins. Ailleurs, notamment au Canada, et particulièrement au Québec, « le ministère de l’Éducation des adultes » se saisirait de cette opportunité unique pour ancrer les principes fondateurs de l’État fédéral dans la conscience des adultes, violateurs patentés des lois.

Il n’est pas sans intérêt de rappeler la finalité des ordres de connaissance suivants : si la science court après le « comment » des choses et que la philosophie s’intéresse au « pourquoi » de ces mêmes choses, le droit répond à une seule finalité : sommes-nous encore et toujours ensemble ? Voilà la question fondamentale qui devrait guider toute entreprise de refonte totale ou partielle du contrat social. C’est-à-dire la norme des normes, la loi fondamentale ou le fondement des divers fondements de la Nation : la Constitution.

Pourquoi et comment la Constitution a-t-elle été révisée ? Les modifications, ablations ou ajouts cimentent-ils davantage le corpus social ou le fragilisent-ils à l’avenir ? Quelle est la philosophie qui sous-tend lesdites modifications ? Voilà des interrogations qui ne manqueront pas d’être soulevées par le Parlement. Et il n’y a que les rédacteurs du projet pour mieux éclairer la lanterne des députés et à travers eux, le peuple. Pourquoi pas une retransmission à la télévision nationale, toujours dans le seul but d’éduquer les adultes ?

DAPA DONACIEN, Consultant en passation de Marchés publics. Email : dapadonacien@yahoo.fr

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