Samedi , 19 août 2017
L'Édito

« Ce que disent les cauris »

Le professeur N'Guessan Dépry Antoine

Le professeur N’Guessan Dépry Antoine

Le cauri, objet familier de l’environnement socioculturel africain. Le supposé pouvoir divinatoire des cauris est largement partagé. Féticheurs, marabouts, devins,… s’en servent pour « lire » l’avenir. Cet usage populaire de la chose a presque éclipsé ses multiples fonctions.

Mercredi 12 avril, amphithéâtre A de l’université Félix Houphouët-Boigny de Cocody. L’honneur est échu au professeur N’Guessan Dépry Antoine de prononcer la conférence inaugurale de la rentrée solennelle du département de philosophie. Cérémonie qui marque le début de l’année académique dans cette filière. Une tradition. L’intervention de l’épistémologue (philosophe des sciences) a tourné autour du cauri. « Ce que les cauris nous disent », voilà le thème !

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Pourquoi parler des cauris ? C’est pour « ouvrir davantage les yeux sur quelques objets de notre environnement socioculturel, avec la conviction de transmuter le savoir tiré des traditions culturelles en un nouveau mode d’exploration rationnelle susceptible de reconnaître ce que véhiculent les rationalités qui donnent un sens à ces choses. Il s’agit d’ouvrir des pistes de réflexions susceptibles de contribuer à rendre lisible un objet, en l’occurrence, les cauris », précise le conférencier. Les multiples usages qu’on fait du cauri lui donnent un caractère pluridimensionnel. On s’en sert comme monnaie (numismatique). Le jet de cauris permet de prédire l’avenir (divination). Ils interviennent dans l’esthétique (décoration, ornement, parures). Ils ont une dimension ludique (jeu), pédagogique et didactique (apprentissage). Les cauris obéissent au calcul des probabilités (mathématiques).

Cette chose familière s’ouvre finalement à l’interdisciplinarité. Le cauri réunit en lui plusieurs champs de connaissances : épistémologie, philosophie, métaphysique, physique… Et c’est là tout l’enjeu. « Dans ce monde de voisinage et de communication, la bataille à mener reste celle de la fluidité relative de la connaissance. C’est-à-dire faire effectivement la promotion d’une interdisciplinarité vécue et non verbale », appelle le professeur N’Guessan Dépry.

Le corps enseignant du département de philosophie présent à la conférence inaugurale de la rentrée solennelle

Le corps enseignant du département de philosophie présent à la conférence inaugurale de la rentrée solennelle

Le jeu des cauris – dont les mots clés sont hasard, fréquence, probabilité, évènement – étaye la conviction du conférencier : aucune science à elle seule ne détient toute la vérité. Rien n’est donné, à l’avance. Et pour cause, « ce que nous apprenons des cauris, qu’il s’agisse de la probabilité mathématique ou qu’il s’agisse de la probabilité statistique, c’est qu’il est rare que les résultats obtenus correspondent exactement à la prévision », soutient le philosophe des sciences.

Pour l’universitaire, « les cauris nous installent dans une culture où le hasard, le probable, l’aléatoire et le fortuit contrôlent les événements. Ils induisent des angles de compréhension et d’analyse qui se méfient des évidences, des certitudes absolues ». Le monde se comprend en divers sens. Ses voies, plus diversifiées. Dans nos activités quotidiennes, nous devons donc nuancer notre langage.

OSSÈNE OUATTARA

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