Mercredi , 13 décembre 2017
L'Édito

BOUNA : Le Général Palenfo se prononce sur le conflit intercommunautaire

Profitant de la visite du président Alassane Ouattara à Bouna, samedi 30 avril, le Général Lassana Palenfo, Conseiller à la Présidence de la République, s’est exprimé sur les violences intercommunautaires qui ont mis à mal le vivre-ensemble dans sa région. Selon le doyen des cadres de Bounkani, cette situation malheureuse aura révélé un fait : « les cadres ne s’entendent pas ». Mais le Général dévoile les « vraies raisons » de la crise.

Le Général Lassana Palenfo, doyen des cadres de Bouna

Le Général Lassana Palenfo, doyen des cadres de Bouna

Mon Général, est-ce que le calme est revenu à Bouna ?

Nous sommes venus pour apaiser les populations. Il y a eu des affrontements entre des éleveurs peuhls et des Lobi qui se sont étendus à l’ensemble de la population. Ici, il y a les Lobi, les Koulango et les Malinké. Les affrontements ont fait plus d’une trentaine de morts et des blessés. Beaucoup de magasins ont été détruits. Il va falloir apaiser les populations et assister les personnes qui ont subi les conséquences de ces affrontements.

Quelle a été votre contribution ?

J’étais au Mali au moment où les violences éclataient. J’ai envoyé des gens rencontrer le roi pour éteindre le feu. Quand je suis revenu du Mali, je suis allé à Bouna pour apaiser la situation. Mais avec la presse et les réseaux sociaux où chacun dit sa vérité, c’est très difficile et ça rend compliqué le règlement du litige. Il y a eu effectivement destruction des récoltes d’un vieux. Il a réagi en tuant des bœufs. Est-ce qu’on continuer à s’attaquer ? Non ! Quand je suis arrivé, j’ai appelé les 3 grandes familles et souhaité qu’on trouve des solutions. J’ai proposé 3 voies. Le pardon, parce qu’il y a eu mort d’hommes et destruction de biens. Ensuite, j’ai sollicité les imams pour la prière car Bouna est une zone majoritairement musulmane. Enfin, il fallait apporter de l’assistance aux victimes. Pour cela, j’ai réuni tous les cadres à Abidjan pour leur exposer la situation. Ce que je retiens de cette situation, c’est que les cadres ne s’entendent pas. Nos parents qui sont en ville ont leur version de ce qui s’est passé. Et quand du village les parents appellent leurs fils en ville, ils leur répondent, en fonction de leur position, d’adopter telle ou telle attitude. Chacun doit dépasser son ego pour trouver une solution commune. Il y a des faits historiques ici. Nous sommes là depuis des siècles et certaines réalités demeurent. Nous ne pouvons pas les ignorer.

Les Peuhls ont payé un lourd tribut dans le conflit. Mais on a l’impression que tout se passe sans eux. Qu’est-ce qui explique cela ?

Quand je parle d’assistance, je parle des Peuhls. Mon épouse est Peuhl. Je suis donc touché dans ma chair. Je suis Lobi. J’ai également des parents malinké. En ce qui concerne les Peuhls, il y a 2 situations. Ceux qui étaient ici ont été regroupés à l’ONUCI [Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire, NDLR] pour des raisons de sécurité. Dans des villages, les chefs ont regroupé les Peuhls pour les protéger. Il y a des Peuhls qui sont les bergers des Koulango, des Lobi et des Malinké. Nous les côtoyons au quotidien. En général, pas de problème avec les Peuhls qui vivent ici parce qu’on se connaît. On évite donc que les bœufs aillent détruire les champs. Mais les Peuhls qui viennent du Ghana et du Burkina Faso avec leur bétail ne contrôlent rien. Ce n’est donc pas vrai de dire qu’on a ignoré les Peuhls. On les a sécurisés. Sinon, pas agréable de regrouper des gens dans un espace dépourvu de sanitaires. Nous sommes en train de préparer le retour de nos frères peuhls dans les villages. Le Koulango, le Lobi et le Malinké qui se battent le font pour leurs Peuhls.

Selon des indiscrétions, les Lobi se disent majoritaires et veulent en conséquence avoir leur roi…

Les Lobi ne veulent pas la tête du royaume. Les Lobi sont un peuple anarchiste. Nous vivons dans les villages autour des « soukala » (demeure). Et autour de ces soukala, il y a un chef. Dans les familles, il n’y a ni noble, ni chef de guerre. En cas de problème, on se réunit pour se défendre. La terre appartient aux Koulango et nous, les Lobi, nous la cultivons. Mais quand tu donnes la terre à une personne, il la cultive. Si tu la donnes à quelqu’un d’autre, ça crée des problèmes. Un moment, des chercheurs d’or allaient voir les chefs de village pour leur demander la permission de chercher de l’or. On leur donne des terrains et ils vont dans les champs des Lobi pour creuser des trous. Les bœufs tombent dans ces trous, qui ont une conséquence fâcheuse sur l’environnement. Cela crée un litige foncier entre le propriétaire de la terre qui est le Koulango et le Lobi à qui cette terre a été donnée. À cause des actions néfastes des orpailleurs, les terres s’appauvrissent et ne deviennent plus cultivables. Tournez pour voir combien d’ignames vous pourrez acheter ! Sur le terrain, il y a des difficultés. La royauté existe. Les Lobi n’ont pas de roi. Mais le monde moderne exige qu’on ait des chefs.

Si on comprend bien, les Lobi n’ont aucune velléité d’hégémonie ?

Les Lobi n’ont jamais voulu de la royauté. Le royaume appartient aux Koulango. Les interprétations sont parties de la construction d’un siège pour le chef de la communauté lobi. Grâce au concours des cadres, la construction de ce siège avance et sa dimension a dû susciter des inquiétudes. Les gens se disent certainement que le chef lobi, ayant un palais plus grand que celui du roi, pourrait prétendre un jour à la royauté. Les autres ethnies aussi se disent que si les Lobi réussissent à supplanter le roi, demain ils pourraient les dominer. Tout cela a contribué à pourrir l’atmosphère et à préparer les esprits. Il a fallu qu’on dise au roi que ce qui a été construit pour le chef lobi n’est pas un royaume, mais plutôt un siège pour le chef. Il a été expliqué que le cadre offert au chef lobi a pour objectif de lui permettre de gérer, dans un minimum de confort, sa communauté. Mais cela a été mal apprécié. Sinon, il n’est jamais venu à l’esprit des Lobi de vouloir diriger le royaume. Chacun connaît sa place.

KAMAGATÉ ABOU

Source : L’Inter

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2 commentaires

  1. Diolompo Sansan

    Le Lobi n’est pas un anarchiste:Sa République est spirituelle. Comment? :
    Le Lobi qui n’a pas peur d’un simple mortel comme lui refuse de confier sa vie à un roi qui lui dicterait son comportement en toutes circonstances.
    Par contre le Lobi a une SAINTE crainte de Dieu Tangba.
    C’est pourquoi quand il désarmé devant une injustice qui lui est faite et qu’il est dans l’impossibilité de réagir il dit: »Tangba hâlé youn ». Dieu est là haut.
    Aussi quand il est en terre étrangère, loin de son village natal et sa parenté en pleine nuit et qu’un danger redoutable se dresse devant lui le Lobi proclame haut et fort les 10 Commandements à la Lobiri:
    1-Ma phinan Dikera (je n’ai pas commis l’adultère avec une femme mariée du village).
    2-Ma kho Diyoloaa. (je n’ai pas volé de poulet dans le village).
    3-Ma kho Di hor gboroaa (je n’ai pas récolté indûment le miel d’une ruche du village. )
    Conclusion:
    4 – Tangba ki dibara: seul Dieu qui m’a donné la vie peut me la reprendre. et le Lobi est prêt à faire face au danger quel qu’il soit.
    De même pour la vie en société le Lobi obéit au Di daar en tout ce qu’il commande pour le sacrifice au Dii (Esprit tutélaire qui veille sur le village), les blancs disent l’ange gardien.
    Le sacrificateur du marché, du marigot commandent et ils sont tous obéi parce qu’ils intercedent auprès des Esprits protecteurs du village.
    C’est cette hiérarchie spirituelle qui va jusqu’à Dieu Tangba qui permet une vie harmonieuse dans le village et représente l’Etat.
    Sorti de là le Lobi ne reconnaît aucune autre autorité temporelle.

    • M.Sansan, blabla blabla…Vous feriez mieux de vous aligner sur cette clarification du Gl Palenfo. Je pensais que tu conclurais en disant que tu vis suspendu dans les airs .

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