Mercredi , 18 octobre 2017
L'Édito

BOUNA : Au moins 20 morts dans des affrontements intercommunautaires

Des jeunes, dont certains armés de machettes, ici à Bouna

Des jeunes, dont certains armés de machettes, ici à Bouna

Le conflit entre éleveurs et agriculteurs de jeudi 24 mars qui a fait 5 morts a pris d’autres proportions, ce vendredi. Les violences ont redoublé d’intensité et dépassé les limites de la ville de Bouna, avec l’entrée en scène des « dozos » (chasseurs traditionnels). Le bilan est lourd : au moins 20 morts. Des victimes reparties entre les localités de Bouna, Saye, Ditoureouo, Yalo et Sitedouo. Cinq éléments des forces de l’ordre figurent parmi ces morts.

Si l’élément déclencheur a été la destruction des cultures par les bêtes d’éleveurs peulhs, la tournure qu’ont pris les événements dans la mi-journée de vendredi semble dépasser le simple antagonisme entre agriculteurs et bouviers. Des personnes, dans l’ombre, souffleraient la braise communautaire et identitaire. Résultat : plus de 15 morts enregistrés en une seule journée.

Avant les violences de ces derniers jours, des informations récurrentes parvenues à infoduzanzan.com ont fait état de profondes divisions entre cadres de la localité. C’est au sujet de la désignation de la figure traditionnelle devant siéger à la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels, au nom de la région. Nos sources ont affirmé que ces dissensions éclateraient en conflits intercommunautaires. En effet, la communauté lobi se serait sentie lésée parce qu’elle n’aurait pas de représentant dans cette Chambre créée par Décret, en mai 2015. Situation qui a cristallisé des rancœurs chez des cadres de cette communauté, qui rumine son mécontentement. Une importante personnalité aux origines peuhles a été désignée responsable de cette « mise à l’écart » communautaire. Depuis, des velléités de création d’un royaume lobi, à l’image de la royauté Koulango (royaume de Bouna, devenu depuis peu royaume de Bounkani), se sont affichées.

À noter que le peuple koulango est présenté comme « tuteur » des Peuhls. Dans la crise éclatée jeudi, 2 forces se faisaient donc face : la paire koulango/peuhl face à des Lobi. Parmi ces derniers, des « dozos » armés de fusils d’assaut. Ils s’en sont aussi pris aux Malinké. D’où viennent ces chasseurs ? Qui les a dotés d’armes de guerre ? La région de Bouna n’est pas l’aire géographique de cette confrérie.

La royauté koulango, à la tête de laquelle Djarakoroni II, a failli être prise pour cible. Face aux tueries, ce sont pourtant des cadres de Bouna qui ont publiquement affiché leur unité à la salle des conférences de la Cité financière, à Abidjan, vendredi après-midi.

Environ 3.000 personnes déplacées et entassées ici dans la cour de la résidence du préfet de Bouna. Même spectacle au camp de l'ONUCI

Environ 3.000 personnes déplacées et entassées ici dans la cour de la résidence du préfet de Bouna. Même spectacle au camp de l’ONUCI

Les conflits entre éleveurs et agriculteurs ont toujours existé à Bouna. Mais jamais ils n’ont occasionné autant de morts et de déplacés.

ANGE KOUMAN

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