Mardi , 19 mars 2019
L'Édito

BONDOUKOU : Les Abron célèbrent la nouvelle igname

La fête de l’igname, un rituel chez le peuple bron (abron), dans le Nord-Est de Côte d’Ivoire. Vendredi 26 octobre 2012, Kanassé (village situé à 27 km de Bondoukou) a abrité les célébrations de la nouvelle igname.

Des ignames kponan, varieté très prisée par les Abron

C’est la 3ème fois, en 11 ans de règne, que Nanan Kobenan Kossonou, chef de Kanassé, accueille dans son village les festivités de l’igname. À la grande joie des populations. La veille, tout a commencé par l’appel du tambour-parleur à faire don de bois de chauffe au « monarque ». Des fagots devant servir à la cuisson des mets le lendemain.

Au matin du vendredi « sacré », les nouveaux tubercules ont été confiés aux femmes. Qui les ont passés à la cuisson. Mais la consommation du foutou ou du foufou est intervenue après les libations d’usage. Celles-ci s’étant faites à la rivière sacrée.

Bien avant, le « Boma » a retenti avec des cris venus de toute part. Nanan Kobenan Kossonou venait de monter dans son palanquin. Direction, la rivière proche. Derrière le chef, son peuple. C’est la liesse populaire. Au cours d’eau, les libations se sont passées dans le secret, loin des regards non-initiés.

De retour vers 14h30, la partie officielle de la fête s’est déroulée. Au menu, des allocutions. Koffi Kra, président du comité d’organisation, a ouvert le bal. Remerciant tous ceux qui ont aidé à la réussite de la fête. Ensuite l’adresse du chef. Par la voix de Kouakou Yao Francis, son porte-parole, qui a donné le sens de la célébration de la nouvelle igname. « La fête de l’igname est un rituel qui obéit à un processus. Quelque temps après l’arrivée des Bron, la nourriture se faisant rare, ils ont fait la découverte de ce tubercule qui leur était inconnu. Il a fallu la bravoure d’un guerrier pour le déguster. Trente jours après, ne voyant rien lui arriver, les ancêtres vulgarisèrent sa consommation : c’est le « Fodjo » ou fête d’adoration des fétiches « Tanô ». Douze jours plus tard, c’est-à-dire le « Mouroufié »(le vendredi saint), les chefs et les notables entrent dans la danse. Ceux qui n’ont pas eu le temps de célébrer cette fête attendent le « Fofié », une semaine après le « Mouroufié ». Le mercredi suivant, c’est « l’Adayé », le « Kroudapakouo ». Ce jour-là, on remet tout en ordre et on attend la prochaine fête ».

Le professeur Babacauh Koffi Dongo, dans son allocution, a invité les populations, surtout les jeunes, à apprendre les fondamentaux de la culture bron. Et à comprendre, à travers la célébration de l’igname, le sens véritable de la réconciliation. « C’est une occasion pour les jeunes d’apprendre auprès des sages ce que nous sommes, qui nous sommes, d’où nous venons et comment nous traçons notre histoire. Et c’est à travers ce que nous appelons les adorations que l’Histoire se fait et se transmet. (…) Nous avons le devoir de maintenir cela. Aussi, la Côte d’Ivoire doit se réconcilier avec elle-même. La réconciliation, c’est d’abord au niveau des villages. C’est dans les foyers. Et la célébration de cette fête nous donne l’occasion de nous pardonner les uns les autres ».

À 16 h, place au repas. Deux heures après, fin de la partie officielle. Mais les réjouissances continuaient à la cour royale. Au son de la musique d’Assouma Koko, un chanteur du terroir. Juste après, place aux offrandes.

Fin de la fête : les reliques sacrées matérialisées par les sièges royaux « Nsaman-Dwa » symbolisant le pouvoir exécutif sont exposés. Ainsi que le grand tam-tam.

ROSEMONDE DESUZA

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