Mercredi , 26 juin 2019
L'Édito

BONDOUKOU : Enfin, le ministre de l’Environnement se réveille ! Son rapport accablant contre Dharni Sampda

Une mine de manganèse, à Bondoukou

Une mine de manganèse à Bondoukou

Dans une longue enquête publiée le 12 novembre 2014, nous avons mis en lumière les « réalités insoutenables de l’exploitation minière » à Bondoukou. Nous avons évoqué les dégâts que Dharni Sampda (Bondoukou Manganèse ou ex-Taurian) a causés à l’environnement. Obligeant riziculteurs, pêcheurs et maraîchers à l’inactivité. Le mercredi 11 novembre 2015, le ministre de l’Environnement a frappé fort. Allah Kouadio Rémy a mis en demeure la compagnie minière en suspendant ses activités d’extraction des gisements de manganèse dans le département de Bondoukou. Depuis 2006, année de sa présence dans la zone, c’est la première fois que la multinationale indienne est inquiétée dans ses agissements, plusieurs fois décriés par les populations riveraines.

La plainte des riziculteurs, maraîchers et pêcheurs

Suite à la plainte du collectif de riziculteurs, maraîchers et pêcheurs regroupés au sein de la coopérative COBA, à Songori (localité sise à une dizaine de kilomètres de Bondoukou) contre la société Bondoukou manganèse SA (BMSA), le ministre de l’Agriculture a saisi son collègue de l’Environnement par courrier, le 13 mai 2015. Dans le cadre de l’instruction de cette plainte, une mission conjointe du Centre ivoirien antipollution (CIAPOL) et de l’Agence nationale de l’environnement (ANDE) s’est rendue sur le terrain, du mercredi 27 au dimanche 31 mai 2015.

Sur place, les agents des deux structures étatiques ont inspecté les installations de BMSA. Ils ont évalué la qualité des eaux que l’entreprise minière rejette sur son périmètre d’exploitation et les environs. Et surtout, l’impact de ces eaux sur les aires agricoles autour du barrage de Kpoda. Des effluents liquides ont été prélevés à l’intérieur de l’unité d’enrichissement du manganèse et dans les plantations alentour. But, faire des analyses au laboratoire.

Un rapport accablant

Dans leur rapport, les experts du CIAPOL et de l’ANDE relèvent que la compagnie minière locale « ne possède aucun acte administratif (Arrêté d’autorisation) alors qu’elle exerce ses activités depuis 2013 ». Rien de normal quant à la politique environnementale. « BMSA ne dispose pas d’un responsable en charge de l’environnement. Son plan de gestion environnemental réalisé des mois plutôt et validé par l’ANDE n’est donc pas mis en œuvre », révèle le rapport. En outre, la mission a constaté que l’entreprise se sert de l’eau du barrage de Kpoda pour le lavage des minerais de manganèse et l’arrosage des pistes. À cet effet, elle dispose de 3 bassins de décantation pour récupérer les eaux de rejet. Mais, d’après les experts, ces bassins ne sont pas étanches. Conséquence : les eaux usées s’infiltrent dans le sol. Les liquides de rejet sont directement déversés dans les rizières et le barrage qui dessert une dizaine de villages en aval. Leurs habitants se servent du lac pour irriguer les cultures. La chambre des vannes est colmatée par BMSA avec des sacs. S’en suit le faible écoulement au niveau du drain d’évacuation vers les rizières et les localités.

Un cours d'eau pollué par l'activité minière

Un cours d’eau pollué par l’activité de Bondoukou Manganèse SA (Dharni Sampda)

L’air est aussi pollué, selon le rapport. Les principales sources de pollution sont la poussière et les gaz d’échappement des engins circulant. Malgré la présence de camions-citernes qui arrosent les pistes, les envolées de poussières existent. « Aucun bilan de pollution atmosphérique n’a été effectué par la société, ni au niveau de ses installations ni dans les villages environnants ».

Les envoyés du CIAPOL et de l’ANDE ont observé qu’ « aucune disposition n’a été prise pour la protection du sol au niveau de l’usine d’enrichissement du manganèse ». Des sols pollués aux hydrocarbures et huiles usagées ont été constatés. Les plantations d’anacarde voisines des installations sont inondées par les eaux provenant de BMSA.

Au niveau de la gestion des déchets, rien n’est fait. D’après le rapport, « les déchets ne sont pas convenablement gérés selon les prescriptions environnementales de l’Étude d’impact environnemental et social (EIES). Les filtres à huile et les liquides usagés sont entreposés à l’air libre. Il n’existe pas de fiche de déclaration semestrielle des déchets (DSD) pour leur suivi ».

Le volet « gestion des risques » concerne les incendies. L’entreprise minière dispose d’une station-service avec une cuve aérienne de 50.000 litres de gasoil. « Les extincteurs disponibles ne sont pas fonctionnels », souligne la mission. Qui regrette que BMSA n’ait pas réalisé d’étude de danger. Par conséquent, ne « possède pas de Plan d’opération interne (POI) ». Aucune équipe de sécurité n’a été mise en place. Le réquisitoire continue.

Des légumes asséchés par la pollution minière

Une vue de légumes asséchés par la pollution minière

Les analyses au laboratoire des échantillons de riz, eau, et boue ont révélé des contaminations au plomb, cadmium, chrome, fer, cuivre et manganèse. Les teneurs, supérieures aux valeurs de la norme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les experts sont formels sur l’origine de la présence de ces polluants métalliques : « il ressort de l’analyse des résultats que les eaux usées et les eaux de lessivage des boues de manganèse de la station de lavage de Bondoukou Manganèse sont rejetées dans l’environnement sans traitement. C’est une source de contamination des cours d’eaux en aval et des bas-fonds où sont pratiquées des cultures agricoles et la pêche ». Les populations, exposées aux risques de cancer.

Comment les Directions régionales des Mines et de l’Agriculture ont pu laisser faire Dharni Sampda ? Pourquoi les élus locaux (députés, conseillers régionaux, maires) n’ont pas réagi ? Des questions sans réponses.

Le ministre de l’Environnement frappe fort

Fac-similé de l’Arrêté ministériel suspendant la société minière, à Bondoukou

Fac-similé de l’Arrêté ministériel suspendant l’activité minière, à Bondoukou

Le rapport acerbe du CIAPOL et de l’ANDE a fait réagir le ministre de l’Environnement. Le mercredi 11 novembre 2015, Allah Kouadio Rémy a pris un Arrêté sommant la compagnie minière de cesser toute activité à Bondoukou. L’article 2 du texte est catégorique : « la reprise des activités de la société Bondoukou Manganèse SA est assujettie à : 1) la mise en œuvre effective des mesures préconisées par le Plan de gestion environnementale et sociale (PGES) ; 2) l’obtention d’un arrêté d’autorisation de fonctionnement délivré par le ministre de l’Environnement, de la salubrité et du développement durable ; 3) la réalisation d’une étude de danger devant aboutir à l’élaboration et à la validation d’un plan d’opération interne (POI) ». Et le ministre de menacer : « À défaut d’appliquer les dispositions de l’article 2 ci-dessus, la société Bondoukou Manganèse SA s’expose aux sanctions administratives et pénales prévues par les textes en vigueur, notamment les articles 93, 94 et 97 de la loi n° 96-766 du 03 octobre 1996 portant Code de l’Environnement et les textes subséquents ».

Fac-similé de l’Arrêté ministériel suspendant la société minière

Un coup dur pour la multinationale indienne, confrontée déjà à beaucoup de problèmes. Nous avons contacté par mail la Direction de BMSA. Elle n’a pas souhaité réagir au rapport et à l’Arrêté ministériel.

OSSÈNE OUATTARA

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Un commentaire

  1. Bonjour très chers. Je suis un jeune étudiant de la région de Bondoukou. En effet, je suis beaucoup préoccupé par la problématique de l’exploitation du manganèse dans le département de Bondoukou. Ainsi, j’ai décidé d’écrire un mémoire sur cette problématique. Alors quelqu’un pourrait-il me donner des informations concrètes et en temps réel sur ce sujet? Merci chers parents de m’aider.
    Cordialement !

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